Exercice dans le cadre de la communauté Ecris Simone.

Les contraintes étaient les suivantes :
- Thème : Le vent se lève
- 3500 signes espaces inclus
- Écrire à la première personne

Les murmures de maman

Inspirer, inspirer, inspirer…. Expirer, expirer, expirer… Inspirer, inspirer, inspirer… Je dois garder le rythme. Expirer, expirer, expirer… Ne surtout pas ralentir. Inspirer, trois fois. Expirer, trois fois. Maman m’a dit de respirer comme ça. Inspirer beaucoup d’air. Heureusement que c’est la pleine lune sinon je n’y verrai rien. Expirer, fort. Il me faut de l’air pour continuer à courir. Inspirer par le nez, gonfler la poitrine, souffler par la bouche. Il y a tellement de vent que les branches, les feuilles, mes cheveux et ma robe, tout vole autour de moi. Sans ce maudit livre ça serait plus simple. Sans ces foutues larmes ça serai plus facile. Je ne les entends plus derrière moi, mais je dois courir plus loin dans les bois. Le château est encore trop proche. Maman m’a dit de courir et de cacher le livre dans la forêt.

Il est important ce livre, mais je ne sais pas pourquoi. Toutes ses pages sont blanches. Maman et Mémé l’utilisent parfois la nuit, à voix basse dans la cuisine. Je n’ai pas le droit d’écouter mais j’écoute quand même. Maman sait que j’écoute. Je ne comprends pas tout mais je sais que Maman n’a pas le droit de murmurer dans le noir comme elle le fait. Mémé lui dit de mieux se cacher. Mais Maman ne l’écoute pas. Elle n’écoute jamais personne et fait toujours ce qu’elle veut.

Ce matin le vent s’est levé, « annonciateur de mauvaises nouvelles » a dit Mémé. Moi j’ai eu peur. Pas peur du vent ni de l’orage, mais peur d’autre chose. Et ils sont venus chercher Maman. Et Mémé. Quand on les a vu arriver, Maman a sorti le livre de sa cachette, me l’a donné, et m’a ordonner de le cacher dans la forêt. « Un soir de tempête, c’est le jour idéal ! ». Et puis elle a fermé la porte de derrière, au moment même où les gardes brisaient celle de devant. Alors j’ai couru. Ils m’ont vu et m’ont suivi, mais ils ont abandonné quand je suis rentrée dans la forêt. Ils ont parlé de la nuit, de feu et de sorcières, et sont reparti au château.

Je m’arrête. Un vieux chêne vient de tomber devant moi. La tempête gronde, j’entends le tonnerre. Et le vent dans les arbres. Et mon cœur qui bas fort, jusque dans ma tête. Je n’ai pas peur pourtant. Le livre est chaud contre ma poitrine. Comme quand Maman me prends dans ses bras. Il y a comme un murmure dans ma tête, tout doux, mais qui couvre le son de mon cœur qui tape contre mes tempes. Cacher le livre dans l’arbre. Quelle idée ! Ils vont venir demain quand la tempête se sera arrêtée et ils vont couper le chêne en petits morceaux pour faire du feu pour les sorcières. Cacher le livre dans l’arbre. L’arbre est tombé, mort ! Et c’est un arbre, je ne peux rien mettre dedans. Cacher le livre dans l’arbre. Si je met le livre dans les trous des racines, est-ce que c’est bon ?

Le vent s’arrête d’un coup. Je cours vers les racines encore un peu enterrées, j’élargis un trou avec mes mains, met le livre, remet un peu de terre. Une bourrasque de vent me pousse et je tombe à la renverse. Un énorme craquement, un tremblement. Je vois toujours le livre, il n’est pas du tout caché, et surtout il brille ! Le temps de me frotter les yeux, encore plein de larmes et de pluie, le chêne est de nouveau debout. Le livre est invisible, introuvable, bien caché.

La tempête s’est calmée, je ne comprends rien à ce qu’il se passe, j’ai juste envie de pleurer. Je reste là, de nouvelles larmes coulent sur mes joues pleines de terre. Je crois entendre des cris, de douleur et de joie. Je n’écoute pas et me recroqueville sous un genévrier. Demain, je vais devoir partir, trouver un nouvel endroit où vivre. Sans murmures et sans Maman.

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