La nuit est sombre et longue, même pour une enfant. Le temps s’étire au rythme de mes pas. Le jour ne se lève pas. La nuit et la forêt me gardent loin des yeux des gardes qui ont pris Maman et Mémé. Mais quand même, j’aimerai bien qu’il fasse jour à un moment. Aussi rassurante que soit la lune, je n’arrive pas à me repérer dans toute cette obscurité.
J’ai arrêté de courir depuis longtemps. J’ai même arrêté de compter mes pas. Et je n’entends plus rien d’autre que le bruit de mes chaussures qui font ploc ploc dans les flaques. Plus de murmures pour m’indiquer quoi faire. J’aurais peut-être dû garder le livre. Mais alors les murmures m’auraient juste répété encore et encore de le cacher quelque part. Je continue de marcher. A force d’avancer je vais bien aller quelque part.
J’aimerai bien que Maman me murmure encore quelque chose. J’écoute attentivement le silence des bois, ce silence fait de bruits incessants. Mais il n’y a jamais la voix de Maman.
Il y a toujours la lune au-dessus de ma tête, toute brillante et presque ronde. Heureusement qu’elle est là, sinon je ne saurait pas où mettre les pieds dans toutes ces racines et ces ronces et des arbustes entre les arbres.
Mes jambes commencent à fatiguer, jusqu’à un gros rocher, posé tout seul au milieu du chemin inexistant que je suis depuis si longtemps. Quelques lucioles semblent flotter autour, alors je m’y assois. Ça me semble la chose la plus simple à faire. La seule chose à faire. C’est évident. Depuis tout ce temps que je marche, il me faut me reposer.
Les insectes volent autour de moi, comme de toutes petites lumières rassurantes, et amusantes aussi. L’un après l’autre ils s’approchent de ma joue, puis partent plus loin. C’est comme jouer à chat. Quand on jouait c’était toujours mémé qui était le chat. Elle aimait bien chercher. J’aime bien me cacher. Mais là je ne suis pas cachée, enfin pas des lucioles. Mais de mémé un peu. Je ris des insectes qui me chatouille la joue.